17.09.2026

Bonjour !

... und Guten Tag! Je vous souhaite la bienvenue sur mon site. Je suis Caroline Elias, interprète de conférence indépendante à Berlin, spécialisée dans l’interprétation français ⇆ allemand et à partir de l’anglais.

Caroline Elias, interprète de conférence français-allemand à Berlin
ligne directe +49 (0)176 897 66 256

INTERPRÉTATION DE CONFÉRENCE

— français ⇆ allemand, ainsi qu’à partir de l’anglais
— conférences et accompagnement
— installations d’entreprises en Allemagne
— rencontres bilatérales de haut niveau
— organisation et traduction de stages de formation

MODES D’INTERPRÉTATION

— interprétation simultanée
— interprétation consécutive
— interprétation de liaison
— interprétation sur scène, notamment pour les festivals

CLIENTS ET SECTEURS

— entreprises et universités
— ambassades et ministères
— institutions européennes et internationales
— festivals internationaux
— diffuseurs, distributeurs, maisons d’édition et sociétés de production de films

SERVICES COMPLÉMENTAIRES

— accompagnement dans les démarches administratives
— connaissance du terrain et accompagnement à Berlin et en Allemagne
— préparation rigoureuse des sujets et des terminologies
— traduction de scénarios
— prospection de marché et recherche de coproducteurs dans le secteur du cinéma
— sous-titrage et traduction simultanée de films pour les festivals

20 ans d’expérience professionnelle

Le meilleur moyen de me contacter est par e-mail. Je réponds généralement dans un délai d’un jour.

Ici, vous trouverez quelques références.

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Photo : Friederike Elias

16.09.2026

Voyages de dé­lé­ga­tions

Je vous sou­haite la bien­ve­nue sur mon site. De­puis plus de 20 ans, je tra­vaille comme in­ter­prète de con­fé­rence fran­çais et alle­mand. Sise à Ber­lin, j'ai une longue ex­pé­rience avec les voy­ages de dé­lé­ga­tions.

Ber­lin ac­cueille ré­gu­liè­re­ment des dé­lé­ga­tions ve­nues de France. Plu­sieurs fois par an, nous in­ter­ve­nons à la demande de com­i­tés d'en­tre­pri­se, d'ins­ti­tu­tions, d'or­ga­ni­sa­tions pro­fes­sion­nelles ou de grou­pes ré­unis à l'oc­ca­sion d'un sa­lon, d'un voy­age d'études ou d'une con­férence.

Ces RDV pro­fes­sion­nels peuvent com­por­ter une ré­u­ni­on le ma­tin, une vi­si­te d'usine l'a­près-mi­di et une ren­contre of­fi­cielle le len­de­main. Dans ce genre de pro­gram­me, la ques­tion des langues ne se ré­sume pas à « par­ler fran­çais et al­le­mand ».

Not­re « point de vue »
In­ter­pré­ter n'est pas tra­duire

Voici un bref re­tour sur les dé­fi­ni­tions et les tâches : la tra­duc­tion écri­te et l'in­ter­pré­ta­tion ré­pondent à des con­di­tions de tra­vail très dif­fé­ren­tes. Un tra­duc­teur peut re­lire, vé­ri­fier un terme, con­sul­ter une do­cu­men­ta­tion et re­ve­nir sur une for­mu­la­tion. En in­ter­pré­ta­tion, le temps de ré­fle­xion se me­sure en se­con­des.

L'in­ter­prè­te doit com­pren­dre, ana­ly­ser et re­for­mu­ler un mes­sage pen­dant que la con­ver­sa­tion se pour­suit. Il ne s'a­git donc pas sim­ple­ment de rem­pla­cer un mot par son équi­va­lent dans l'autre langue. Le ton, le ni­veau de lan­gue, les al­lu­sions, les im­pli­ci­tes et les ter­mes pro­pres au sec­teur font par­tie du tra­vail qui, d'ail­leurs, dé­passe de loin les ca­pa­ci­tés de l'IA.

Bref, lors de ces voyages, nous, in­ter­prè­tes, de­ve­nons de vé­ri­ta­bles points de re­père au fil du pro­gramme.


Une dé­lé­ga­tion n'est pas qu'une ré­u­ni­on

Les be­soins lin­guis­tiques ne com­mencent pas à la porte de la salle de ré­u­ni­on. Il peut fal­loir pré­pa­rer une pré­sen­ta­tion, re­voir un do­cu­ment, vé­ri­fier la ter­mi­no­lo­gie d'un con­trat ou tra­duire cer­tains sup­ports des­ti­nés aux par­te­nai­res al­le­mands.

Les rôles de l'in­ter­prè­te et ce­lui de la tra­duc­trice sont souvent com­plé­men­tai­res. Une pré­sen­ta­tion bien tra­dui­te n'em­pê­che pas une ré­u­ni­on de de­ve­nir dé­li­cate si elle est repris oralement de manière différente le jour de la présentation. La co­hé­rence ter­mi­no­lo­gique est par­ti­cu­liè­re­ment im­por­tante dans les né­go­cia­tions, les en­tre­tiens tech­ni­ques et les échanges ins­ti­tu­tion­nels.

Si­mul­ta­née ou con­sé­cu­tive ?

Le for­mat de la ren­contre dé­ter­mine en grande par­tie le type d'in­ter­pré­ta­tion ap­pro­prié.

Pour une con­fé­rence, une ta­ble ronde ou une ré­u­ni­on avec un pu­blic nom­breux, l'in­ter­pré­ta­tion si­mul­ta­née per­met aux par­ti­ci­pants de suivre les in­ter­ven­tions sans in­ter­rom­pre le dé­rou­le­ment de la ma­ni­fes­ta­tion. En ca­bine, nous tra­vaillons avec le ma­té­riel tech­nique pré­vu à cet ef­fet. (Nous con­nais­sons les entre­pri­ses de lo­ca­tion et pou­vons vous cons­eil­ler.)

Pour une pe­ti­te dé­lé­ga­tion, une vi­si­te, un en­tre­tien ou une ré­u­ni­on de tra­vail, la con­sé­cu­tive peut être plus na­tu­rel­le. L'in­ter­prè­te écoute une sé­quen­ce de dis­cours, prend des no­tes et la res­ti­tue en­su­i­te dans l'autre lan­gue.

Il n'existe donc pas de for­mat uni­ver­sel. Le choix dé­pend du nom­bre de per­son­nes, du lieu, de la du­rée, de la na­ture des échanges et du de­gré d'in­ter­ac­tion sou­hai­té.

La pré­pa­ra­tion com­mence bien avant le voy­age

Plus une mis­sion est spé­cia­li­sée, plus la pré­pa­ra­tion en amont est im­por­tan­te. L'in­ter­prè­te a be­soin de sa­voir qui in­ter­vient, dans quel ca­dre, avec quel pu­blic et sur quels su­jets.

Un pro­gram­me dé­taillé, les noms et fonc­tions des par­ti­ci­pants, les pré­sen­ta­tions, dis­cours, bro­chu­res ou do­cu­ments de tra­vail per­met­tent de pré­pa­rer la ter­mi­no­lo­gie et de re­pla­cer les in­for­ma­tions dans leur con­tex­te.

Pour une dé­lé­ga­tion qui vient à Ber­lin pour né­go­cier, vi­si­ter une en­tre­pri­se ou ren­con­trer des res­pon­sables po­li­ti­ques ou ad­mi­nis­tra­tifs, ces in­for­ma­tions ne sont donc pas un dé­tail. Elles font par­tie de la pré­pa­ra­tion du tra­vail d'in­ter­pré­ta­tion.

Les dé­­tails peu­vent abou­tir à de gros pro­blè­mes

Un nom mal en­ten­du, une ab­ré­via­tion in­con­nue, une uni­té de me­su­re ou un ter­me tech­ni­que am­bi­gu peu­vent suf­fi­re à per­tur­ber une con­ver­sa­tion.

Dans un échange in­for­mel, une pe­ti­te im­pré­ci­sion peut pas­ser ina­per­çue. Dans une né­go­cia­tion, elle peut en re­van­che mo­di­fier le sens d'une pro­po­si­tion. C'est aus­si pour­quoi un(e) in­ter­prè­te ex­pé­ri­men­té(e) ne se con­ten­te pas de con­naî­tre la langue : Nous sa­vons re­con­naî­tre les si­tua­tions dans les­quel­les une pré­ci­sion est né­ces­sai­re et de­man­der une cla­ri­fi­ca­tion si be­soin. (L'IA ne sait ab­so­lu­ment pas faire ce­la.)

Ren­dez-vous of­fi­ciels et dé­lé­ga­tions ins­ti­tu­tion­nel­les

Les dé­lé­ga­tions fran­çaises se ren­dent souvent aux mi­nis­tè­res, aux ad­mi­nis­tra­tions ou re­pré­sen­ta­tions di­plo­ma­ti­ques, aux col­lec­ti­vi­tés locales ou aux bureaux d'or­ga­ni­sa­tions in­ter­na­tio­na­les pré­sen­tes à Ber­lin.

Dans ces con­tex­te, le vo­ca­bu­laire et le re­gis­tre de lan­gue comp­tent, mais aus­si les ha­bi­tu­des de com­mu­ni­ca­tion et les for­mes de po­li­tes­se. L'in­ter­prè­te doit res­ter dis­cret tout en fai­sant par­tie, pour ain­si di­re, de la mé­ca­ni­que de l'é­chan­ge.

La fi­dé­li­té au pro­pos ori­gi­nal ne si­gni­fie pas une tra­duc­tion mot à mot. Elle sup­po­se de trou­ver dans l'autre lan­gue la for­mu­la­tion correspondante permettant de trans­mettre le mes­sage.

Une jour­née de dé­lé­ga­tion peut né­ces­si­ter plu­sieurs in­ter­ve­nants

Pour une mis­sion d'une jour­née en­tiè­re ou da­van­ta­ge, no­tam­ment en in­ter­pré­ta­tion si­mul­ta­née, le tra­vail en bi­nô­me est gé­né­ra­le­ment la so­lu­tion re­te­nue. Nous nous re­layons afin de pou­voir main­te­nir une con­cen­tra­tion et une qua­li­té d'in­ter­pré­ta­tion éle­vées. Dans d'autres cas, les dé­lé­ga­tion mul­ti­lingues peuvent né­ces­si­ter plu­sieurs com­bi­nai­sons lin­guis­ti­ques. Il est alors im­por­tant d'or­ga­ni­ser l'é­qui­pe, les re­lais et, le cas échéant, le ma­té­riel tech­ni­que suf­fi­sam­ment tôt.

Pour les or­ga­ni­sa­teurs, cette an­ti­ci­pa­tion évi­te bien des dif­fi­cul­tés de der­niè­re mi­nu­te.

Ce qui fa­ci­li­te vrai­ment le tra­vail

Si vous pré­pa­rez votre dé­pla­ce­ment à Ber­lin, quelques in­for­ma­tions trans­mi­ses à l'a­van­ce peu­vent faire la dif­fé­ren­ce : ob­jec­tifs des ren­dez-vous, lis­te des par­ti­ci­pants, pro­gram­me, pré­sen­ta­tions, do­cu­ments de tra­vail et vo­ca­bu­lai­re spé­ci­fi­que, si ja­mais vous dis­posez dé­jà d'une do­cum­en­tation spé­ci­fique.

Il est im­por­tant pour nous de con­naître non seu­le­ment le sujet des ren­contres ou les termes tech­ni­ques, mais le con­texte, le ter­rain sur le­quel ils vont être pro­non­cés ainsi que le but de l'opération.

Et c'est pré­ci­sé­ment là que notre tra­vail com­men­ce : bien avant que quel­qu'un ne pro­non­ce les pre­miers mots dans un mi­cro­pho­ne.

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Il­lus­tra­tion: IA (OpenAI)

01.09.2026

« Bonne rentrée ! »

Bon­jour, hel­lo, gu­ten Tag ! Vous avez at­ter­ri sur le site d'une in­ter­prète et tra­duc­trice exer­çant à Ber­lin. J’in­ter­viens dans toute l’Eu­rope sur des thèmes éco­no­mi­ques et cul­tu­rels, le cli­mat et l’agri­cul­ture, pour ne ci­ter que quatre exem­ples.

En France, le pre­mier sep­tembre est une date qui a une signi­fi­ca­tion par­ti­cu­lière, d’ail­leurs inconnue en Alle­magne. Ce retour géné­ral à la vie quo­ti­dienne après l’été, avec les ren­trées sco­laire, sociale, lit­té­raire et uni­ver­si­taire qui se suc­cèdent dans les semaines à venir, ne se résume pas en Alle­magne à la même idée du retour de la plage, de la mon­tagne ou du vil­lage des ancêtres. 

Carte de vœux de 1926

En Alle­magne, l’au­tomne ne marque pas, comme en France, le début d’une nou­velle année, d’une nou­velle sai­son. Outre-Rhin, il n’y a qu’un seul jour de l’An : c’est le 1er jan­vier. Le 1er sep­tem­bre, nous com­mé­mo­rons peut-être le début de la Se­conde Guerre mon­diale et, demain, l’an­ni­ver­saire de sa fin.

Le 1er sep­tembre marque éga­le­ment la ren­trée sco­laire en Ukraine, connue sous le nom de « den znanj » (le Jour de la connais­sance), qui pour­rait se dérou­ler au son des sirènes d’alerte aérienne pour la cin­quième année consé­cu­tive. Puisse la guerre y prendre fin bien­tôt.

La com­mu­nauté inter­na­tio­nale aurait besoin de 365 « Jours de la con­nais­sance » chaque année.

La spé­ci­a­lité alle­mande en ma­tière de ren­trée sco­laire, la voi­ci : chaque en­fant reçoit, le pre­mier jour à l’é­cole, un cône de sucre, ou « cône d’é­cole ». C’est une tra­di­tion tout aussi im­muable en Alle­magne que l’idée de la ren­trée en France.

Et l'ex­pres­sion « pre­mier tra­jet à pied vers l'école » qui figure sur la carte, était en­core couram­ment uti­li­sée il y a 100 ans. Elle est au­jourd'hui tom­bée en désué­tude en Al­le­magne.


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Pho­to­gra­phie: Ar­chives Eli­as Los­sow

02.08.2026

Mon bureau ce lundi (1)

Gu­ten Tag & hel­lo! Ici, je par­tage avec vous le quo­ti­dien d’une in­ter­prète de con­fé­rence et tra­duc­trice. De lan­gue ma­ter­nelle al­le­mande, je tra­vaille en fran­çais et en an­glais. Ma col­lègue de bu­reau tra­duit vers l’an­glais. En été, tout fonc­tionne au ra­len­ti.

PAUSE
En pau­se d'été et tou­jours sur pla­ce
En sai­son, nous tra­vaillons de temps à autre en équipe sur des tex­tes plus im­por­tants. Mais en ce mo­ment, la plu­part de nos cli­ents sont en va­cances et nous aus­si fai­sons une pau­se es­ti­vale. Nous res­tons toute­fois à Ber­lin et se­rons ra­vies de vous ac­com­pag­ner en tant qu'in­ter­prè­tes, pen­dant que la plu­part des gens sont en va­can­ces, à vos RDV à la mai­rie, chez le no­tai­re, à la cli­ni­que, ou en­core pour vos sé­an­ces de shop­ping et vos vi­si­tes de la vil­le !

Vo­ici ce qui est sur le bu­reau ce lun­di
❦ pré­pa­rer la lis­te ter­mi­no­lo­gique de la der­nière mis­sion
❦ re­lan­cer les fac­tures im­payées
❦ ins­crire au crayon les ren­dez-vous dans le nou­vel agen­da

Les « ren­dez-vous au crayon » sont ceux pour les­quels nous avons en­voyé un de­vis et dont nous blo­quons la date sous ré­serve. Avant le Co­vid, nous ob­te­nions un ac­cord pour un de­vis sur trois. Au­jour­d’hui, c’est plu­tôt un sur quinze. Il faut donc sou­vent sor­tir la gomme !

Dans le monde po­li­tique, on échange de plus en plus sou­vent en Glo­bish, jusqu’à ce que les char­gés de mis­sion et les ser­vices lin­guis­tiques aient trop à ré­pa­rer et qu’il y ait un re­tour cri­ti­que. À côté de cela, cer­tai­nes « agen­ces » sur In­ter­net trom­pent leurs cli­entes et clients en re­te­nant sou­vent 50 % de nos ho­no­rai­res pour re­dis­tri­buer les mis­sions à celles et ceux qui ac­cep­tent ce sys­tème. (Moi ? Très peu pour moi.) Per­son­nel­le­ment, je trouve que cinq à quinze pour cent res­tent ac­cep­ta­bles : au-­delà, cela de­vient cri­tique.

Et voi­là que les en­tre­pri­ses tech­no­lo­gi­ques ar­ri­vent à leur tour au rat­elier, en ven­dant de l’« in­ter­pré­ta­tion par IA ». Or nous sa­vons dé­sor­mais que l’IA n’est pas ca­pa­ble de le fai­re cor­rec­te­ment. Il lui man­que la for­ma­tion, l’ex­pé­rience, la vue d’en­sem­ble et la ri­gueur que nous, les hu­mains, met­tons dans no­tre tra­vail : la ca­pa­cité à com­pren­dre ce qui fait la com­mu­ni­ca­tion, à éva­luer cor­rec­te­ment les in­ter­lo­cu­teurs et le pub­lic, à s’adap­ter, à re­for­mu­ler en cas d’in­com­pré­hen­sion et à res­pec­ter la con­fi­den­tia­lité.

On ver­ra quel « tra­vail de net­toya­ge » me tom­be­ra en­core des­sus cet été. La plu­part du temps, il s’agit de cor­ri­ger des tra­duc­tions gé­né­rées par l’IA, où er­reurs, mau­vais pla­ce­ments et hal­lu­ci­na­tions dé­fi­gu­rent le ré­sul­tat. Car à quoi ser­vent des in­for­ma­tions faus­ses à hau­teur de 20 % en­vi­ron pour les tex­tes, ou pres­que de moi­tié pour les trans­crip­tions orales ?

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Gra­phi­que : C.E. avec pixlr.com + Let­ter­set

29.07.2026

Interprète de médias

Ici Ber­lin, bon­jour ou bon­soir ! Vous li­sez ici un jour­nal de tra­vail con­sacré aux lan­gues, à la tra­duc­tion, à l’in­ter­pré­ta­tion et aux échan­ges cul­tu­rels. En tant qu’in­ter­prè­te in­dé­pen­dan­te, je tra­vaille là où l’on a be­soin de moi : dans une ca­bi­ne d’in­ter­pré­ta­tion, chez mes cli­ents ou sur un pla­teau de tour­na­ge.

Dois-je con­seil­ler aux jeu­nes qui dé­bu­tent dans le mé­tier d’é­tu­dier la tra­duc­tion et l’in­ter­pré­ta­tion dans le but de tra­vailler pour les mé­dias et le ci­né­ma ? Ma ré­ponse est très clai­re : non. 

Caroline Elias
Au travail (dans la pièce à côté)

Le tra­vail dans l’au­dio­vi­suel ne com­mence pas par les émis­sions té­lé­vi­sées en di­rect, aux­quel­les ac­cè­dent fi­na­le­ment très peu d’in­ter­prè­tes. Cela dé­pend du lieu où l’on ha­bite, des ha­sards, des con­tacts et, bien sûr, du ta­lent, de la flui­di­té du tra­vail et de la voix. Mais avant d’en ar­ri­ver là, il faut des an­nées, voire des dé­cen­nies de pra­ti­que, no­tam­ment dans les con­fé­ren­ces : pour ga­gner sa vie, mais aus­si pour s’en­traî­ner.

Dans le sec­teur de l’in­ter­pré­ta­tion mé­dia­ti­que, l’une des mis­sions les plus fré­quen­tes est l’in­ter­pré­ta­tion sur les lieux de tour­na­ge.

Il s’a­git sou­vent, très con­crè­te­ment, d’in­ter­pré­ter des in­ter­views. Sur un tour­na­ge, tout est ce­pen­dant très dif­fé­rent d’une con­fé­ren­ce clas­si­que. Nor­ma­le­ment, nous tra­vaillons en bi­nô­me, voire à trois lors des pres­ta­tions lon­gues. 

L’in­ter­pré­ta­tion est une ac­ti­vi­té ex­trê­me­ment fa­ti­gan­te : au bout de vingt ou trente mi­nu­tes, la pré­ci­sion di­mi­nue et nous nous re­layons gé­né­ra­le­ment. C’est aus­si un tra­vail d’é­qui­pe : nous nous no­tons mu­tuel­le­ment les noms, les da­tes et les chif­fres, et il faut par­fois en­co­re vé­ri­fier un ter­me à la der­niè­re mi­nu­te.

Sur un tour­na­ge, par con­tre, l’in­ter­prè­te est sou­vent seul­e. Et son tra­vail ne se li­mi­te pas à trans­po­ser les pa­ro­les d’une lan­gue à l’au­tre.

Il faut d’a­bord éta­blir le con­tact avec les per­son­nes in­ter­ro­gées. Sou­vent, c’est moi qui ai as­su­ré les échan­ges pré­pa­ra­toi­res et qui con­nais donc déjà le con­tex­te, les per­son­nes et les su­jets. Pen­dant l’in­ter­view, je dois être suf­fi­sam­ment pro­che pour que le dia­lo­gue res­te na­tu­rel­le, mais aus­si suf­fi­sam­ment dis­crè­te pour ne pas per­tur­ber l’i­ma­ge.

Il ar­rive donc que je sois as­si­se à cô­té de la ca­mé­ra. Je dois ré­dui­re mes mou­ve­ments au mi­ni­mum, évi­ter de tous­ser et uti­li­ser mon pro­pre mi­cro­pho­ne pour l’in­ter­pré­ta­tion con­sé­cu­ti­ve. Les in­ter­views durent donc plus long­temps que dans une si­tu­a­tion mo­no­lin­gue. Et pen­dant que l’é­qui­pe at­tend, le temps con­tinue de tour­ner.

Mais le plus in­té­res­sant est peut­être ce qui se pas­se au­tour de l’in­ter­view. Sur un tour­na­ge, l’in­ter­prè­te de­vient sou­vent, de fait, la per­son­ne de ré­fé­rence pour l’é­chan­ge et la com­mu­ni­ca­tion gé­né­ra­le.

Est-ce que cet­te pri­se élec­trique sup­por­te le pro­jec­teur ? Pou­vez-vous en­le­ver cet­te ves­te à pe­tits mo­tifs à ca­rreaux ? Elle ris­que de pro­vo­quer des ar­te­facts à l’i­ma­ge. Peut-on dé­pla­cer cet­te plan­te ? Et cet ar­moire ? Le res­tau­rant ne peut nous ser­vir que si nous ar­ri­vons avant vingt heu­res. L’hô­tel n’a mal­heu­reu­se­ment que ce type d’o­reil­ler. Et si vous pou­viez ve­nir de­main à sept heu­res au lieu de qua­tor­ze ?

J’exa­gè­re ? À pei­ne.

Par­fois, le con­tex­te ma­té­riel finit par éclip­ser com­plè­te­ment la mis­sion pro­pre­ment dite : l’in­ter­view.

C’est aus­si pour cet­te rai­son que les con­di­tions de tra­vail et la ré­mu­né­ra­tion des in­ter­prè­tes sur les tour­na­ges po­sent pro­blè­me. Dans le sec­teur au­dio­vi­suel, on nous con­fond par­fois, au vu des ho­no­rai­res pro­po­sés, avec des pres­ta­tai­res tech­ni­ques ou des per­son­nes dé­bu­tan­tes, com­me si l’in­ter­pré­ta­tion était une com­pé­ten­ce que l’on pou­vait ac­qué­rir en quel­ques mi­nu­tes.

Or, une in­ter­pré­ta­tion pro­fes­sion­nel­le ne con­sis­te pas à « te­nir cinq mi­nu­tes ». Lors­qu’un in­ter­view est fil­mé, on ne peut pas tra­vailler phrase par phrase et cor­ri­ger en­sui­te ce qui n’a pas fonc­tion­né. Si la per­son­ne qui in­ter­prè­te perd le fil, si les idées s’em­mê­lent ou si la bar­riè­re lin­guis­ti­que de­vient vi­si­ble, tout cela se re­trou­ve à l’i­ma­ge.

Et c’est pré­ci­sé­ment ce que l’on es­saye d’é­vi­ter.

Notre tra­vail con­sis­te à trans­met­tre la pa­role de ma­niè­re na­tu­rel­le et flui­de, à per­met­tre un vé­ri­ta­ble échan­ge, au point que nous puis­sions dis­pa­raî­tre der­riè­re les voix que nous fai­sons en­ten­dre. Nous som­mes les meil­leu­res lors­que per­son­ne ne re­mar­que no­tre tra­vail.

C’est d’ailleurs ce qui me pré­oc­cu­pe dans cer­tai­nes pro­duc­tions ré­cen­tes. J’ai vu des per­son­nes al­le­man­des, fil­mées ma­ni­fes­te­ment en Al­le­ma­gne, s’ex­pri­mer en an­glais. Un pro­ta­go­nis­te al­le­mand d’un do­cu­men­taire de­vait ain­si par­ler an­glais pour s’a­dres­ser à une ré­a­li­sa­tri­ce fran­çai­se, alors que leur échan­ge s’é­tait jus­que-là dé­rou­lé en fran­çais. L’in­ter­pré­ta­tion n’é­tait plus pré­vue que pour les sé­quen­ces d’in­ter­view. (C’é­tait une pro­duc­tion d’Ar­te.)

Ce mé­lan­ge de lan­gues étran­gè­res est sou­vent ar­ti­fi­ciel et peu na­tu­rel. Il tra­hit une cer­tai­ne mé­fi­an­ce à l’é­gard de l’in­ter­pré­ta­tion pro­fes­sion­nel­le.

Pour­tant, la pos­si­bi­li­té de par­ler sa pro­pre lan­gue est aus­si une ques­tion de li­ber­té et de di­gni­té. Dans les échan­ges in­ter­na­tio­naux, elle est aus­si un acte de di­plo­ma­tie. Comme le di­sait Hans-Die­trich Gen­scher, que j’ai eu l’oc­ca­sion d’in­ter­pré­ter en 2010 : « En an­glais, je dis ce que je peux dire, mais dans ma lan­gue ma­ter­nel­le, je dis ce que je veux dire. »

Le mé­tier d’in­ter­prè­te de­mande des an­nées de for­ma­tion et de pra­ti­que. Il faut con­naî­tre les lan­gues, bien sûr, mais aus­si sa­voir écou­ter, ana­ly­ser, res­ti­tuer, s’a­dap­ter à une si­tu­a­tion et tra­vailler sous pres­sion. Sur un pla­teau de tour­na­ge, il faut en plus com­pren­dre les con­train­tes de la pro­duc­tion, le rythme, le son, l’i­ma­ge et les im­pré­vus.

Si l’on ne donne plus aux jeu­nes pro­fes­sion­nel­les la pos­si­bi­li­té de tra­vailler sur des tour­na­ges et d’y af­fi­ner leur ex­pé­rien­ce, où trou­ve­ra-t-on, dans quel­ques an­nées, les in­ter­prè­tes hau­te­ment qua­li­fiées dont les mé­dias au­ront be­soin pour les émis­sions en di­rect ? 

Et nous con­nai­ssons les li­mi­tes de l’IA. La com­mu­ni­ca­tion en di­rect est pré­ci­sé­ment l’un des do­mai­nes où elle at­teint ra­pi­de­ment ses li­mi­tes, et cela ne chan­ge­ra pas de si­tôt : elle ne sai­sit pas tou­jours les nu­an­ces, les mots mar­mon­nés, l’i­ro­nie, les sous-en­ten­dus, les hé­si­ta­tions ou les ré­ac­tions im­pré­vues. Bref, tout ce qui fait aus­si la com­ple­xi­té et la ri­ches­se d’un é­chan­ge hu­main.

Sur les tour­na­ges à l’é­tran­ger, nous, les in­ter­prè­tes, som­mes sou­vent le pi­vot de tou­te la com­mu­ni­ca­tion. Nous som­mes au cœur du dis­po­si­tif, le point de con­tact en­tre les per­son­nes, les lan­gues et les é­qui­pes. Et pour­tant, nous som­mes aus­si sou­vent les ou­bli­ées du gé­né­ri­que.

No­tre tra­vail n’est vi­si­ble que lors­qu’il a été mal fait. Avec des pro­fes­sion­nel­les, à la fin, tout sem­ble si na­tu­rel que l’on pour­rait croi­re que tout le mon­de a par­lé une seu­le et mê­me lan­gue.

C’est peut-­être là, fi­na­le­ment, la plus bel­le dé­fi­ni­tion de no­tre mé­tier : être le pi­vot de tout un é­chan­ge sans ja­mais en de­ve­nir le cen­tre de l’i­ma­ge.

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Foto: C.E.